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 Et tout est dépeuplé [Karl]

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Elyonne Tarawood

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MessageSujet: Et tout est dépeuplé [Karl]   Lun 26 Mar - 11:31

Et tout est dépeuplé...
Parle en #cc6699
© Ely

Peut-être qu'elle n'aurait pas dû le laisser dans sa chambre, peut-être qu'elle aurait dû le mettre dans son sac, mais elle n'avait pas eu envie qu'on se moque d'elle encore une fois, comme la semaine dernière. Certains élèves de sa classe étaient méchants, ou en tout cas assez méprisants, et elle n'appréciait que rarement d'être le sujet de moqueries de ses camarades, même si elle n'était pas près de changer de comportement pour autant.
Toujours est-il que quand elle était revenu dans sa chambre à midi pour récupérer quelque chose d'oublié, la porte n'était plus fermée. Alors oui, peut-être que sa colocataire était venue récupérer un truc, mais c'était l'oreiller d'Elyonne qui avait été déplacée, sa couette relevée et surtout, son doudou qui avait disparu.
Ibebee avait été enlevé.

Elle avait refusé d'y croire. D'abord, Elyonne s'était persuadée qu'elle l'avait fait tomber dans la nuit et qu'elle n'avait pas fait son lit en se levant. Elle oubliait souvent, après tout, donc c'était probable. Alors elle avait retourné toute la chambre, sûrement en faisant un boucan du diable à mesure que sa panique grandissait. Rien sous son lit, rien dans la boîte en carton posée à côté où elle rangeait ses livres de cours, rien sur sa table de nuit, rien par terre, rien dans l'armoire, rien, rien, rien...
Elle avait commencé à lancer des choses, à se taper la tête avec ses paumes, à fouiller dans des endroits improbables, jusqu'à chercher dans les affaires de Jessica - qu'elle avait rangées tant bien que mal.

A la fin, elle avait dû arrêter de chercher, parce que la panique qui serrait son cœur s'était attaquée à ses mains, qu’elle tremblait à l'idée de l'avoir perdu pour de bon, qu'elle s'était mise à pleurer au point que les larmes brouillaient totalement sa vue. Elle ne pourrait rien trouver dans cet état. Alors elle restait là, à genoux sur le sol de sa chambre, à pleurer toutes les larmes de son corps en marmonnant "non non nononononon". De plus en plus fort, de plus en plus paniquée, mais aussi de plus en plus teintée par une colère sous-jacente.

S'il n'était nulle part, c'est que quelqu'un lui avait volé. Quelqu'un avait osé s'introduire dans sa chambre pour lui prendre l'une des choses les plus précieuse à ses yeux. Le désespoir de cette réalisation la frappa en plein cœur, et elle se recroquevilla un peu plus sur elle-même, avant de finalement se décider à sortir. Elle courrait à travers toute l'école s'il le fallait et elle trouverait celui qui avait fait ça. Puis elle récupérerait son doudou et laisserait le karma se venger pour elle. Des gens aussi cruels et méchants ne pouvaient pas s'en sortir sans que le monde leur envoie un retour de bâton.
Elle n'alla pas bien loin. A peine eut-elle ouvert la porte et commencé à courir qu'elle percuta un adulte (venu enquêter sur les bruits dans sa chambre ou simplement là par hasard ?), et la maigrelette miniature qu'elle était se retrouva d'un coup assise sur le sol du couloir. Toujours en larmes, toujours secouée de sanglots incontrôlables.


28 Septembre 2018




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Karl Wells

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MessageSujet: Re: Et tout est dépeuplé [Karl]   Lun 26 Mar - 23:49

Et tout est dépeuplé...
Putain.

Ce jour-ci, comme la plupart des autres jours d'ailleurs, Karl était de mauvais poil. En plus d'être fondamentalement susceptible et d'avoir la détestable manie de remarquer tout ce qui n'allait pas dans sa vie pour le transformer en rancœur, le jeune anglais avait aujourd'hui vécu ce qu'on pouvait appeler "une belle matinée de merde".

Levé en retard à cause de son téléphone déchargé, le jeune homme avait ensuite dû faire l'impasse sur son petit-déjeuner et sa toilette de chat du matin pour rattraper son retard, qu'il avait de nouveau perdu en tentant vainement de nouer sa cravate trois fois. Trois putains de fois avant de la jeter, de rage, sur le sol de son appartement et de sortir, les cheveux ébouriffés et la trace de l'oreiller sur la joue.
Une fois arrivé à la vie scolaire, il s'était salement fait enguirlander pour son retard, avant d'apprendre qu'un problème informatique faisait qu'il allait être obligé de passer dans chaque salle de l'établissement pour réclamer et récupérer les billets d'absence. Chaque. Salle. Bordel. De. Merde.

Il avait alors passé la matinée à courir dans tous les sens, salle de cours, vie scolaire, gymnase, vie scolaire, cours à la bibliothèque, vie scolaire, retour au premier étage pour l'oubli d'un papier et vie scolaire... Au bout de trois heures, le jeune homme était littéralement sur les rotules. Venant à sa rescousse comme Jésus aurait guéri un lépreux, une de ses collègues avait pris le relai, le laissant entrer les absences sur l'ordinateur pendant la dernière heure de la matinée.

Lorsque la sonnerie annonçant l'heure du repas avait retenti, le jeune homme avait bondi sur ses pieds, retrouvant soudainement toute son énergie. Après avoir échangé une vanne avec un surveillant qu'il appréciait, le jeune homme avait commencé à gravir les escaliers montant au premier étage, puis au second. En montant les escaliers quatre à quatre -ses grandes jambes aidaient beaucoup-, le jeune chantonnait à voix basse une chanson qu'il appréciait, et avait presque réussi à oublier son début de journée catastrophique. Oui, presque, jusqu'à ce que... Jusqu'à ce qu'il aperçoive dans les escaliers un simple panneau l'informant que l'escalier était mouillé et donc impraticable.
Il allait devoir traverser dans sa longueur l'étage des chambres avant de retrouver l'autre escalier.
Il allait perdre, pfff, au moins... 2 minutes !
Ce fut pourtant suffisant pour remettre en marche sa machine à mauvaise humeur.
Ce garçon était définitivement beaucoup trop sensible, dans le sens énervé du terme.

Alors qu'il marchait d'un pas décidé à travers le couloir, son estomac affamé le poussant à presser l'allure, Karl se sentit percuté par un petit corps, propulsé à toute vitesse contre lui. Légèrement déséquilibré, il laissa échappa une exclamation de surprise avant de retrouver son centre de gravité. Face à lui (ou plutôt, face à ses jambes), une jeune fille, très frêle, pleurait à gros bouillons. Karl écarquilla les yeux, surpris, et resta figé quelques instants avant de se ressaisir. Il se baissa, faisant craquer ses genoux, tendit sa main, la retira, la tendit de nouveau. Il ne savait pas quoi faire. Il lui avait fait assez mal visiblement, et la jeune fille ne semblait pas le voir à travers son rideau de larmes.

Malgré son grand appétit et son mécontentement habituel, le jeune homme fut surpris, si ce n'est touché par la vision de la jeune fille. Il approcha un peu plus sa main, la posa sur l'épaule de l'élève, le plus doucement possible (il avait peur qu'elle ne se brise en mille éclats), et s'entendit lui demander, presque en chuchotant : "Ça va ? Je... Vraiment je suis désolé, je t'ai pas vue arriver... Tu t'es fait mal ?"
Comme pour ponctuer sa maladroite tentative de délicatesse, son estomac choisit ce moment pour gargouiller.

Putain.

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Elyonne Tarawood

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MessageSujet: Re: Et tout est dépeuplé [Karl]   Mar 17 Avr - 16:34

Et tout est dépeuplé...
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Le monde était flou. Brouillé de tous les côtés, envahie des larmes que le choc n'avait fait qu'amplifier. Un profond sentiment d'injustice lui serrait les entrailles, renforçant le désespoir qui faisait tourner ses pensées depuis un moment déjà. Elle avait bousculé quelqu'un et, même si c'était elle qui se retrouvait à terre, elle s'en voulait de ne pas avoir regardé autour d'elle. Mais en même temps, l'aurait-elle seulement vu ? Seules des formes floues et indistinctes parvenaient à sa rétine.

Elle sursauta quand une main se posa sur son épaule, mais ce fut le déclic qu'il lui manquait pour que sa partie rationnelle commence à réagir. Elle se frotta les yeux avec sa manche pois sa paume pour essayer de voir autre chose qu'un océan de lumière abstraite, et cligna plusieurs fois des yeux avant que sa vue parvienne à lui retourner une image nette. Son cerveau mit cependant un peu plus de temps à enregistrer les phrases qu'il venait de prononcer, les organiser, puis leur donner un sens.

- Mal ? Euh... je... non, je crois pas...

À vrai dire, elle n'en savait rien, la seule information que son corps lui transmettait pour l'instant était que ses poumons lui faisaient mal à force d'être secoués par ses sanglots. Cette simple réalisation suffit à faire revenir la raison de ses pleurs sur le devant de la scène, et les larmes reprirent de plus belle.

- Je.... désolée de... vous avoir... cé dedans...

Elyonne s'exprimait de façon plus ou moins intelligible entre deux hoquets, mais elle trouva la force de s'appuyer contre le mur pour se relever, même si son cœur lui hurlait de rester par terre, recroquevillée, pour pleurer toutes les larmes de son corps jusqu'à l'épuisement. Sauf qu'elle ne pouvait pas s'effondrer. Elle devait être forte.

- Je dois... retrouver... dit-elle pour elle-même.

Ses mains tremblaient tandis qu'elle essayait d'endiguer le flot de larmes avec ses pouces et ses poignets, sans grand succès. Elle n'était pas assez lucide pour réaliser qu'elle se trouvait face à un surveillant de l'établissement, quelqu'un qui était donc en théorie payé pour l'aider, pas forcément à retrouver sa peluche mais au moins à ne plus avoir de problèmes. Ou peut-être était-elle trop consciente, au fond d'elle, que son ruban noir et la cravate dorée de son principal suspect ne faisaient pas pencher la balance en sa faveur.


28 Septembre 2018




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Karl Wells

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MessageSujet: Re: Et tout est dépeuplé [Karl]   Mar 17 Avr - 18:03

Et tout est dépeuplé...
La petite créature qui lui faisait face mit un certain temps à lui répondre, tentant vainement de reprendre son souffle à plusieurs reprises. Et quand elle réussit enfin, ce fut pour baver quelques mots inintelligibles, avant que ses sanglots ne repartent de plus belle.

Le jeune homme, désemparé, impuissant, se tut et se contenta de se relever en même temps que la jeune fille, vérifiant qu'elle ne risquait pas de tomber. Elle lui paraissait si fragile, si légère…
Et soudain, il se souvint. Il l'avait vu lors de la cérémonie d'entrée, frêle silhouette perdue dans une marée de corps. Le petit oiseau… Avait-il du mal à trouver son nid ?

Mais bon. Petit oiseau ou pas, le gaillard avait la dalle. Alors qu'il s'apprêtait à se tirer assez salement, laissant la jeune fille épancher son malheur dans le couloir ou ailleurs, elle réussit à articuler quelques mots.

- Je dois... retrouver...

Hmmmm, ton amour propre ? Ton petit copain ? Ton calme ? Le respect ? Beaucoup de choses se perdent de nos jours, pensa assez cruellement le surveillant.
Mettons-nous d'accord : Karl n'était pas méchant. Pas foncièrement, en tout cas. Simplement, il avait un regard très critique sur tout ce qui l'entourait, et un esprit rendu acide par plusieurs années à la Hampton, alors si on lui tendait des perches… Mais actuellement, il était assez fier de lui. Il avait réussi à garder ça pour lui et à ne pas ouvrir sa grande gueule, comme on le lui reprochait assez souvent.

Bon, elle a vraiment l'air en galère. Ça s'fait pas de la planter comme ça. Il soupira, et baissa de nouveau les yeux sur la fillette, tremblotante. C'est vrai ça, quel âge pouvait-elle avoir ? Sa voix et son physique étaient assez juvéniles, mais sa poitrine naissante démontrait qu'elle avait déjà entamé sa puberté… Et subitement, son regard fut attiré par le ruban noir de la jeune fille. Une Modeste. Clairement, il ne pouvait pas se barrer ; cela signifierait piétiner avec des bottes encrottées ses idéaux sociaux et des années de haine profonde envers "ces connards d'Élites". Il ne se le pardonnerait pas.

« Bon, c'est bon, arrête de chialer un peu. Reprends ton souffle, et calme-toi. »

Il attendit quelques instants puis reprit, de la même voix rauque qui plaisait aux filles et qui le faisait passer au téléphone pour un routier de quarante ans : « Écoute. Je vais t'aider à retrouver ce que tu cherches, mais à condition que un, tu me dises ce que c'est, et deux, que tu te mouches. Sérieusement, ça craint. Genre, vraiment. »

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